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23.03.2008

sur le mur (Bryan)

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après la fermeture des mines

mon père est resté à la maison 

 

cette année là

je suis né 

 

mon grand-père touchait une pension

ma mère faisait des ménages

un jour, mon père a voulu casser la gueule

à un type qui avait voté Thatcher

et puis ils sont allés boire au pub

y avait rien d'autre à faire 

 

après

mon grand-père est mort

ma soeur est née

 

à l'époque des mines

on chantait beaucoup par ici

maintenant  on dirait que la télé chante à notre place

 

on essaie de faire venir les touristes

mais ça fait pas du travail pour tous

le frère de ma mère a une ferme, au nord, dans les montagnes

pas loin du Snowdon 

peut être que je devrais aller travailler avec lui

ou alors, partir loin

vraiment loin 

 

mais il y a cette fille, Ann

une insolente,

une beauté

je ne sais pas encore ou on va, tous les deux

c'est trop récent

 

sur mon mur, je pense à elle

au temps qui passe, à mon grand-père

à cette mine que des mineurs avaient racheteée en 95

pour l'exploiter eux mêmes,

pour dire que ça pouvait marcher 

 

fermée elle aussi , maintenant

 

 mais on a de la chance, il fait beau

dimanche j'irai faire une balade  avec Ann dans la forêt derrière la ville 

 mon père l'appelait "Laurel Canyon" dans son jeune temps

à cause d'un blues de John Mayal

on a encore le vinyl quelque part

 

là, je vais aller faire un tour au pub

je t'offre une bière? 

 

 

 

 

 

 

20.03.2008

sur la place (Chiquinho)

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Vai meu filho

dentro da roda

tudo va ficar melhor

un jeu pour la vie

un jeu pour survivre

mon corps agile

défie les lois

mon rire éclate

come un solo de pandeiro

le soleil

inonde notre misère

encore un jour

encore un jour 

demain

on verra bien 

dis moi  Chiquinho, qui fut ton maître?

dis moi Chiquinho, qui fut ton maître?

Mon maître fut le vieux Silvio de Lua

Silvio da Lua fut mon maître 

chante la cuica,

gémit la cuica, 

le surdo garde la cadence 

le berimbau lance l'appel 

je suis Chiquinho et je danse

Capoeira! 

 

17.03.2008

sur un coin de la table de cuisine (Marie-Louise)

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  Difficile de dire

-tu prendras bien un petit café-

à quel moment

il est trop tard

ou plutôt -du sucre?-

à quel moment

il n'est pas encore trop tard

et on peut encore faire quelque chose 

-le sucre, ça ne te fera pas de mal;

quand j'étais enfant, les vieux vous donnaient 

un morceau de sucre

on était bien contents!

je me rappelle

on entendait bien les nouvelles

à la radio

on avait une radio chez nous

- mon François m'a toujours apporté

le café du matin

toute sa vie, c'était sa façon de dire

des mots d'amour 

on a jamais été séparés

sauf pendant la guerre

justement- 

cette guerre, on l'a pas trop vu arriver

malgré la radio,

malgré les journaux 

parce que tout est tellement normal, avant

tu regardes le ciel

et le champ

 et la montagne

et ça semble si loin

et on se dit qu'on peut bien supporter ceci

et cela et encore autre chose

et puis un jour,

voilà

 c'est trop tard

et tu ne l'as pas vu arriver

et après il n'y a plus qu'à partir dans la montagne 

-mais faut pas que je t'inquiète

avec ces bêtises de vieille ..

ta mère sait que tu bois du café?

moi ça me fait plaisir que tu viennes;

on parle plus à grand monde

à mon âge. 

13.03.2008

sur le banc ( Léo)

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j'aim'rais partir à l'aventure

ressortir mon sac du placard

le vieux sac à dos tout usé

celui de mes années d'errance

j'aim'rais entendre les sirènes

et les récits des voyageurs

enbellis par l'heure tardive

et les fumées aux doux parfums ...

 

un'voix me dit que c'est trop tard

le sac noir me plombe les ailes

m'étiquette et me cloue au sol

tu seras un homme mon fils...

mon père n'a jamais dit ça

mais le monde entier me le hurle

travailler plus ... comment déja? 

le train de vingt heures me ramène

 

et je souris comme une excuse

à l'homme allongé sur le sol

à l'entrée d'une gar' de banlieue

et qui me sourit sans comprendre 

11.03.2008

dans la salle à manger ( Valérie, Etienne, Jean )

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monsieur prendra du vin

un chardonnay

elle ne me parle guère

il me fait peur parfois

l'heure tourne

j'aimerais rentrer chez moi

elle est belle

je ne la mérite pas

il est fier

il ne sait pas 

il ne peut pas

la table est si longue

hier cette femme

hier cette inconnue

j'imagine ce qui aurait pu être

hier cet homme

brièvement croisé

je ne m'explique pas

cette douleur au ventre

il reste un peu de chardonnay

nous le partagerons à l'office

ma femme dira encore

que je rentre trop tard

que je devrais quitter cette famille

je me demande si jean

je me demande si

peut être un autre enfant

peut être la quitter

ça ne se fait guère

peut être un autre travail

la table est si longue

la salle à manger si vaste

nos pensées y résonnent

s'y égarent

sans traces 

10.03.2008

Sur le petit bureau (Virginia)

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Cela n'a pas été facile, non;

mais  j'ai lu ce livre, un jour,

et savoir que je portais le même prénom qu'elle,

c'était comme un signe.

La pièce est presque vide,

mais  elle est à moi.

 un rayon de soleil

caresse mon épaule

tandis que j'écris à la table de vieux bois.

Je suis bien.

Tout est possible. 

 

09.03.2008

A la fenêtre ( Elisa )

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 à la fenêtre elle reste immobile

longtemps

elle songe

à tout ce qu'elle ne sait pas de lui

à tout ce qu'il ne sait pas d'elle

à ce qu'ils croient savoir l'un de l'autre

depuis toutes ces années passées ensemble

elle pense à la solitude

elle pense à tout ce qu'il faut inventer sans cesse

pour rendre la vie belle 

et parfois la fatigue prend le dessus

elle pense qu' ils ont un toit , de la nourriture, un pays en paix

elle invente des voyages dans sa tête

elle espère que les enfants vont bien

elle imagine une main tendue

un geste tendre

à la fenêtre elle reste immobile

longtemps 

 

 

08.03.2008

entrée dans la forêt

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j'entre dans la forêt de mots

je marche sur un chemin de terre

j'écoute

les histoires

de la forêt

n'allez pas croire

que les bruits des villes n'arrivent pas jusqu'ici

n'allez pas croire

que la forêt soit une fuite

une manière de se dédouaner du monde

la forêt

réelle ou intérieure

c'est juste

prendre le temps

prendre la distance

réfléchir

écouter les histoires et puis

les dire à mon tour 

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